Ecologie, Point de vue

Vivre aligné(e) pour sauver l’humanité?

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«Faut-il être exemplaire, a tout point de vue, pour pouvoir accompagner le changement?»  Cette question a surgi récemment au cours d’échanges entre facilitateurs (1) et mérite que l’on s’y attarde.

J’exerce actuellement une activité qui consiste à animer des ateliers pour mieux comprendre les causes et les conséquences du changement climatique. Imparable grâce à ses données scientifiques issues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), ce « serious game » ne laisse personne indiffèrent. Souvent abasourdis par la réalité à la fin de la première partie de l’atelier, les participants sont invités à exprimer leurs émotions – un temps indispensable- avant de passer à l’esquisse des solutions. 

Que nous dit le Giec si nous voulons rester en dessous des 1,5 degrés de hausse de température dans le futur? En tenant compte de l’évolution de la population mondiale d’ici 2100 et en respectant une répartition strictement égalitaire de la quantité de CO2 qu’il resterait à émettre, le «budget» CO2 de chaque Terrien devrait être compris entre 1,6 t (hypothèse basse) et 2,8 t (hypothèse haute) de CO2 par an entre aujourd’hui et 2100. Or l’empreinte des Français dépasse largement ce niveau, puisqu’on est entre 10 et 12 tonnes actuellement. 

La question principale qui se pose à ce moment est : comment fait-on pour passer de 12 tonnes à 2 tonnes? 

Le monde devra indubitablement subir plusieurs transformations, complexes et interreliées, afin d’atteindre cet objectif… 

Les participants, guidés par les facilitateurs, proposent alors plusieurs pistes de solutions, en fonction de leur faisabilité ou facilité de mise en oeuvre. Parmi ces mesures figurent “la production d’énergie avec un taux faible ou nul d’émissions (recours aux énergies renouvelables, etc.), la modification des systèmes alimentaires (réduction des produits animaux à forte intensité de terres dans les régimes alimentaires, etc.), l’électrification des transports et l’expansion de l’« infrastructure verte » (végétalisation des toits, etc.) ou encore l’amélioration du rendement énergétique par un urbanisme bien pensé qui modifie la configuration des villes.”

Bien sûr ces actions sont interreliées, une approche « systémique » s’impose donc pour réaliser les transformations qui permettront de ne pas aller au-delà de 1,5 °C. En d’autres termes, toutes les entreprises, industries et parties concernées devraient être invitées à se joindre à la démarche afin de bénéficier d’un large appui et d’accroître les chances de réussite.

Ca c’est pour la partie « connue », mais pas pour autant facile à mettre en place concrètement. 

Mais au fait, pourquoi on ne change pas?

Car il existe de nombreux freins, une inertie issue de biais cognitifs qui nous ralentissent dans le processus de changement. Je vous invite à creuser le sujet en participant à une Fresque des nouveaux récits pour comprendre pourquoi notre cerveau, les publicités actuelles et le monde tel qu’il est fait aujourd’hui ne facilitent pas ce changement. Voir aussi cette conférence très claire.

Tout d’abord il y a notre perception: nous percevons le monde avec nos sens de manière immédiate. Le changement climatique est encore peu perceptible chez nous en occident (malgré les canicules, sécheresses, crues en France qui ont fait de nombreuses victimes)… Mais comme on ne voit pas au quotidien la température augmenter, on ne se sent pas concerné(e).

Ensuite il y a nos préférences : elles sont orientées vers le court-terme (petits plaisirs du quotidien, confort que l’on veut maximiser). C’est pourquoi nous avons du mal par exemple à changer nos régimes alimentaires alors même qu’on sait qu’ils sont mauvais.

Nos habitudes nous piègent : nous sommes pétris d’automatismes (par réflexe, un fumeur va continuer à jeter son mégot dans le caniveau alors qu’il sait que ça va polluer les océans), comme on a « toujours fait comme ça », on continue à le faire.

L’environnement physique dans lequel nous évoluons nous contraint : nous n’avons pas encore assez d’alternatives : par exemple les emballages plastiques sont partout, difficile de les éviter quand on fait nos courses.

Comment passer de l’intention à l’action? Peut-on changer en tant qu’être humain pour affronter la crise climatique?

Nous avons fondamentalement le même cerveau que nos ancêtres il y a des dizaines de milliers d’années. Et avec ce même cerveau, nous avons été capables d’opérer des changements majeurs : nous sommes passés de chasseurs-cueilleurs à « serial-twitter », comme il est dit dans la vidéo mentionnée plus haut.

Nous devons garder à l’esprit que chacun de nous est un rouage de la machine qui a produit la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Nous pouvons donc, toujours en tant que rouage, nous organiser, pour changer cette machine de l’intérieur.

Nous pouvons porter des actions collectives tournées vers un but commun, pour que nous tournions ces rouages dans la bonne direction. Un rouage seul ne pourra pas faire des changements majeurs, mais plusieurs s’imbriquant les uns avec les autres, pourront faire changer cette société actuelle.

Il y a pour cela une voie plus générale qui est rarement suggérée et pourtant primordiale à mon sens : l’alignement avec les valeurs qui nous portent.

Bien sûr, il est parfois difficile de renoncer à certaines habitudes bien ancrées. Certains y voient avant tout une perte de confort.

Et si la cohérence, l’alignement et l’ancrage pouvaient nous aider à changer nos habitudes tout en apportant joie, sérénité et espoir? Pourquoi ne pas essayer d’incarner vraiment les valeurs que l’on prône, de se changer soi-même pour changer le monde?

Lors de cette discussion évoquée en introduction, il a été dit textuellement que «l’exemplarité est une stratégie inefficace». J’ai ainsi pu lire «L’humain est complexe, imparfait, incohérent, et cela, nous ne le changerons pas». 

Comme expliqué plus haut, l’humain a été capable de se mettre dans cette situation délicate avec un cerveau qui n’a quasiment pas évolué. Il est donc parfaitement capable de s’adapter. N’avons-nous pas été capables de rester chez nous confinés à cause d’un virus, alors que nous n’avions pas du tout prévu cette situation? Oui, l’être humain est capable de s’adapter quand il n’a pas le choix. Aurons-nous le choix quand les effets du changement climatique seront devant notre porte, ne sera-t-il pas trop tard alors? La question « elle est vite répondue » comme diraient certains rigolos…

J’ai aussi lu dans ce débat que supprimer sa dissonance cognitive est impossible et “ferait de nous rien de plus ou de moins que des machines“. Très personnellement, j’émets des doutes sur cette perspective.

Cela me fait penser aux détracteurs de Greta Thunberg, jugeant la jeune fille qui essaye au maximum d’être cohérente dans sa façon de vivre (végane, essaye les déplacements doux, mobilise les jeunes etc.) comme un robot dépourvu d’émotions. Ne serait-ce justement pas ce qu’elle renvoie en miroir qui déplaît à ses détracteurs, désagréablement conscients du chemin qui leur reste à parcourir de leur côté pour vivre en cohérence? Les réactions suscitées par le comportement d’une personne en face sont très personnelles, et n’appartiennent qu’à la personne qui les émet, pas à la personne qui les reçoit bien malgré elle…

Le débat qui a inspiré ce billet portait sur l’abandon de la consommation de viande et de produits animaux par les plus riches de la planète pour espérer atteindre les fameux 2t de CO2 par personne par an. Un moyen parmi d’autre, qui n’est au final pas si compliqué que cela, au vu du nombre croissant de personnes qui font ce choix aujourd’hui, tant pour des raisons éthiques (a-t-on encore le droit de manger des êtres sentients à notre époque, avec tout ce que nous savons de leur intelligence?), que climatiques, ou sociales. Ces personnes sont-elles pour autant devenues des machines? Me voyez-vous comme un robot dépourvu d’émotions?

Que veut-on dire par cohérence et alignement?

L’idée ici est de faire comprendre qu’en ayant une vision holistique et aimante du monde, nous arriverons peut-être mieux à nous protéger d’un avenir incertain. C’est en cela que l’on peut parler d’exemplarité, donner l’exemple en adoptant d’autres postures, pour son bien-être et le bien-être des autres (et non pas en se positionnant comme gourou qui a raison sur tout). 

Pour cela, essayons de nous mettre sur la bonne « fréquence » permettant de nous sentir bien. Bien dans notre corps (physique), bien dans notre tête (mental calme), bien dans notre « âme », appelez cette dernière comme bon vous semble. Petit aparté: le sujet de la spiritualité ne fait pas bon ménage avec les questions scientifiques, et pourtant, quand on se penche un peu sur la physique quantique, on s’émerveille du champ des possibles. Ce sujet sera développé dans un futur article.

Il s’agit donc de découvrir ce que c’est que de vivre de façon ancrée : les deux pieds reliés à la terre, et l’esprit tourné vers le ciel, un peu comme une antenne nous rendant réceptifs aux « bonnes » idées, à la cohérence.

Lorsque l’on est à l’écoute de son intuition et de son coeur, on est amené à faire des choix davantage en adéquation avec nos réels besoins. Et c’est là que la magie opère : on glisse doucement vers une sensation de complétude, de joie sincère. On est alors loin de l’idée de tristes Amish austères et malheureux voulant rendre les autres aussi tristes qu’eux… Car en portant un regard différent sur le monde, on ouvre une porte vers un autre bonheur possible, qui n’a rien à voir avec la satisfaction immédiate due aux pulsions consommatrices que nous connaissons. 

Etre bien avec soi-même permet d’être bien avec les autres

C’est ensemble que nous pourrons changer la situation planétaire. Peut-on réellement être aligné en mangeant des animaux tués dans les conditions que nous connaissons (peut-on tuer avec douceur?) Peut-on être bien dans son corps et son âme en se nourrissant de souffrance? Est-ce cela être bien avec “les autres”? Je ne re déroulerai pas ici la longue liste des raisons qui justifient l’arrêt de la consommation de produits animaux, je vous renvoie pour cela à mes articles précédents. Ce ce que j’essaie de faire passer comme message est simplement: essayez, et vous verrez par vous-mêmes! L’idée n’est pas de vouloir présenter aucune aspérité ou de rechercher la perfection : elle n’existe pas. Mais quand on commence à avoir une vision holistique du monde, quand nous comprenons que nous sommes tous reliés (humains, non humains, végétaux…), le regard que nous portons sur autrui est plus doux, nous préférons la cohérence à la violence.

L’idée n’est pas non plus de donner des leçons de morale, mais d’inviter au bonheur, à l’Amour. N’ayons pas peur d’utiliser ces termes car il n’y a pas d’autre définition pour expliquer ce que cela représente de vivre en accord avec soi-même. C’est tout simplement de l’Amour et je vous en souhaite à foison pour terminer cette année 2020 qui n’aura laissé personne indifférent(e) !

(1) Le faciliteur/trice ou animateur/trice de groupe aide un groupe à comprendre ses objectifs communs et l’accompagne pour s’organiser et atteindre ces objectifs. Il emploie le plus souvent des outils et méthodes d’intelligence collective pour faciliter les réunions.

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