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L’animal entre en politique

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Article et interview réalisés en janvier 2017, non publiés

C’est un phénomène qu’il est difficile d’ignorer : la cause animale s’invite dans le débat politique, de plus en plus sérieusement. Des vidéos de l’association L214 révélant l’horreur des abattoirs, à la création du parti animaliste français en novembre 2016, les animaux font désormais régulièrement la une des journaux.

Les images ont circulé un peu partout, sur le net et aux journaux télévisés à des heures de grande écoute. Elles sont parfois insoutenables, et montrent la souffrance quotidienne des animaux d’élevage qui subissent divers mauvais traitements dans les abattoirs, les élevages, ou même les laboratoires pharmaceutiques… Cela fait des années que l’Association L.214 et d’autres défenseurs des animaux militent pour dénoncer une réalité que le grand public préférait ignorer, et depuis peu, le lobbying semble avoir porté ses fruits.

Les intellectuels montent au créneau

Certains intellectuels ont en effet appuyé le travail des associations, en publiant en octobre 2013 le manifeste de 24 penseurs, philosophes, écrivains, historiens et scientifiques (comme Michel Onfray, Pierre Rahbi, Boris Cyrulnik ou Matthieu Ricard) appelant à reconnaitre aux animaux un statut d’être sensible. Résultat, depuis le 16 février 2015, le Code Civil reconnait que les animaux sont des «êtres vivants doués de sensibilité», et non plus des «biens meubles». 

Si, dans les faits, ce nouveau statut ne changera pas grand chose (car l’animal était déjà reconnu comme être sensible à l’article L214-1 du code rural), l’impact psychologique de cette nouvelle sémantique est très important.

En effet, une mobilisation en entrainant une autre, un nouveau manifeste est publié en octobre 2016, appelant cette fois à la création d’un secrétariat d’état à la condition animale. On retrouve parmi les signataires ceux qui s’étaient mobilisés en 2013, rejoints par d’autres personnalités. 

S’appuyant sur les études démontrant l’intelligence des animaux, ils dénoncent notamment le fait que «la satisfaction des enjeux culturels et économiques continue de primer sur les intérêts des animaux», et demandent au premier ministre de repenser la place de l’animal dans la société. 

Toujours en octobre 2016, c’est cette fois un ouvrage plus imposant qui paraît, sous la houlette de la journaliste et auteure Karine Lou-Matignon. Pas moins de 75 spécialistes internationaux de la cause animale (Frans de Waal, Jane Goodall, Peter Singer…) démontrent pourquoi nous devons reconsidérer notre rapport aux animaux dans «Révolutions animales : comment les animaux sont devenus intelligents» (Editions Les liens qui libèrent). «Hier, jugée anecdotique, cette sollicitude pour les animaux induite par la connaissance est désormais une question sociétale et s’impose progressivement sur la scène économique et politique mondiale», peut-on lire dans la présentation de l’ouvrage.

Naissance du parti animaliste français

Il ne manque donc plus que l’engagement politique. Ce sera chose faite avec l’annonce de la création du Parti animaliste à Paris le 14 novembre dernier. Pour les partisans des animaux, il était temps que la France rattrape son retard : aux Pays-Bas, il existe un Parti pour les animaux depuis 2003, qui compte plusieurs élus au sein du parlement. Le Parti animaliste contre la maltraitance animale en Espagne a fait 1,19% aux élections législatives de juin 2016, l’espoir est donc permis. 

Ce nouveau parti compte présenter des candidats aux législatives de 2017 et espère pousser les autres partis politiques à s’emparer de la question des animaux, en les incitant à signer la totalité du manifeste du collectif AnimalPolitique de 26 ONG de défense des animaux présenté le 22 novembre dernier. La voie tracée par toutes ces initiatives semble bien partie pour poursuivre son chemin en 2017…

L’animal devient «objet» politique

Créé en mars 2016, le Parti animaliste a été lancé officiellement le 14 novembre 2016 à Paris. Entretien avec la porte parole et co-fondatrice de ce nouveau mouvement, Isabelle Dudouet-Bercegeay.

C’est une première en France. Jusqu’à présent, personne n’avait «osé» suivre l’exemple des Pays-Bas, de l’Allemagne ou de l’Espagne, qui ont leur parti politique entièrement dédié aux animaux depuis quelques années déjà. Quel accueil a été fait à ce nouveau mouvement? 

Isabelle Dudouet-Bercegeay : On peut vraiment parler de succès, l’accueil a été très positif. On le constate d’une part dans les retombées média, qui ont été nombreuses et élogieuses, ce qui montre que nous sommes pris au sérieux, et d’autre part dans le nombre de sollicitations reçues directement. Notre page Facebook créée il y a deux mois atteint pratiquement les 15.000 fans, et beaucoup de personnes qui ne votaient plus, nous contactent pour nous dire que la création de ce parti leur donnait envie de se ré-intéresser à la politique. 

On entend aussi beaucoup les gens nous dire «Enfin, il était temps». La question de la protection des animaux n’est pas récente, Victor Hugo en parlait déjà en 1850, au moment de l’adoption de la loi Grammont sur les mauvais traitements envers les animaux domestiques…On peut donc parler de moment-clé du 21e siècle.

La question animale est au centre de vos préoccupations, que proposez-vous concrètement ? 

Le programme du parti animaliste concerne tant la situation des animaux d’élevage, que celle des animaux de compagnie, les animaux utilisés dans les cirques ou delphinariums ou encore la chasse… Le droit et l’éducation sont à l’honneur, nous proposons par exemple de réintégrer et développer dans les programmes scolaires l’enseignement du respect des animaux, ainsi qu’une initiation à l’éthologie. Il y a encore beaucoup à faire pour faire évoluer le statut de l’animal en France et améliorer sa protection. 

Nous sommes partis du constat que les associations qui oeuvrent dans ce domaine se heurtent à des blocages systématiques, car les dispositions législatives protégeant réellement les animaux ne sont pas prises. Par exemple, 85% des français sont en faveur d’un contrôle vidéo dans les abattoirs.  Or, le projet de loi qui avait été déposé à l’Assemblée nationale allant dans ce sens a été complètement dénaturé. C’est pour cela que nous avons voulu entrer en politique, pour représenter ce large électorat qui ne se sent pas écouté, le rendre plus visible.

Quelles sont vos prochaines échéances?

Le Parti animaliste va entrer dans le jeu politique aux élections législatives, nous sommes encore à la recherche de candidats, même si nous avons déjà reçu spontanément beaucoup de propositions. Nous sommes un petit parti, et avoir des candidats coûte cher, nous poursuivons notre appel aux dons. Nous espérons pouvoir couvrir le plus de circonscriptions possible, même si le système français actuel ne propose pas la proportionnelle, ce qui rend notre visibilité compliquée…

En juin 2016, le parti espagnol contre la maltraitance des animaux a atteint plus de 1% des suffrages. Si le Parti animaliste français atteint ce pourcentage dans un minimum de 50 circonscriptions, il peut recevoir un financement public et préparer les élections européennes de 2019.

Au-delà, nous souhaitons pousser les autres partis politiques à s’emparer de la question des animaux.  Nous avons bien évidemment signé la totalité du manifeste du collectif AnimalPolitique de 26 ONG de défense des animaux, et invitons les autres partis à le faire.

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